L’essentiel des truffes forestières d’automne commercialisé (truffe de Bourgogne, mésentérique) est issu de forêt.

La sylvitrufficulture permet d’envisager une double production de bois d’œuvre et de truffes, sur une même parcelle. Cela s’envisage dès l’implantation du peuplement. 

En matière de production truffière, l’antécédent cultural a des conséquences. Planter après une exploitation forestière diminue la probabilité de production truffière par rapport à une introduction de plants en contexte agricole. 

Le mélange d’essences est préconisé en sylvitrufficulture : environ ¾ des plants mis en place devront être mycorhizés.
Ce type de plantation est plus onéreux qu’une plantation forestière classique : les plants sont plus coûteux, des soins particuliers sont nécessaires pour la préparation du sol, des tailles adaptées à chacun des deux objectifs de production sont à faire, l’arrivée de la lumière au sol est à doser, un entretien spécifique du sol pour la truffe est utile… 
Une fois le peuplement installé et en pleine croissance, les techniques conseillées en sylvitrufficulture sont quasi identiques à celles d’une «sylviculture d’arbre» classique. 

La commercialisation des truffes procurera un revenu supérieur à récolte du bois.

Truffe de Bourgogne

Retours d’expériences

Les trufficulteurs plantent de petites surfaces (moins de 2 ha en moyenne) et mélangent volontiers les essences.
Les densités sont inférieures mais proches de celles des plantations forestières classiques. Le chêne pubescent est quasiment toujours présent.
La plupart des plantations sont aptes à produire du bois d’œuvre, mais tous les planteurs n’en sont pas nécessairement conscients et n’effectuent pas les travaux nécessaires (taille de formation pour la production de bois d’œuvre feuillu ou élagage des résineux…).

La Plantation

  • Le sol parfait pour la truffe (calcaire, aéré, peu argileux, pas nécessairement très profond) est rarement un sol très productif en bois d’œuvre.

    Le terrain va influencer le choix des essences, par exemple, pour les sols avec peu de réserve en eau, des essences résistantes aux manques d’eau seront nécessaires. A l’inverse les sols offrant une bonne disponibilité en eau offriront un choix plus grand.

    L’antécédent cultural a des conséquences sur les risques pris par rapport à la production truffière : préférer les antécédents agricoles.

    L’investissement en sylvitrufficulture sur des terrains occupés par de la forêt est le plus souvent déconseillé, les mycorhizes déjà présentes massivement risquant de rentrer en compétition avec les toutes nouvelles et frêles mycorhizes du jeune plant. 

    En cas de présence de campagnols, il vaut mieux retarder la plantation et prendre des mesures pour limiter leur développement.

  • 888 tiges / ha correspond à un compromis convenant parfaitement à cette sylviculture à double fin.

    Un écartement entre lignes de 4,2 m assure un passage aisé des outils d’entretien et facilite les opérations de cavage. Toutes les 5 lignes, on laissera 5,7 m entre rangs en prévision de l’exploitation des produits forestiers.

    Sur la ligne, 2,5 m entre plants permet d’apporter l’ombrage nécessaire à la production truffière et au gainage/bourrage, utiles à la formation de billes de pied élancées et sans défaut.

    Afin de favoriser l’ombrage du sol pour une meilleure production de truffes, il est conseillé d’orienter les lignes Est/Ouest ; mais la logique est de les disposer dans le sens de la plus grande longueur de la parcelle ou, en cas de dénivelé important, dans le sens de la pente pour faciliter les entretiens.

  • Les pépiniéristes proposent de plus en plus d’essences mycorhizées. Un mélange de ces essences, accompagnées d’essences à la seule vocation bois, à base d’essence à endomycorhizes afin d’éviter la concurrence entre champignons (fruitiers forestiers, érables), apporte une plus-value forestière et trufficole à l’investissement.

    Il convient de réserver les plants auprès d’un pépiniériste certifié et qualifié pour la production de plants mycorhizés.

    Les essences mycorhizées avec de la truffe représenteront 75 à 90 % des plants mis en place.

    Zones de plateaux calcaires favorables
    (sol profond, fond de vallon, exposition fraiche…)
    Zones de plateaux calcaires possibles
    (sol léger, peu profond…)
    Montagne
    (altitude > 750 m)
    25 % de chênes (sessile, pubescent…) 37,5 % de résineux (pin, cèdre) 37,5 % de hêtre et tilleul
    25 % de résineux (cèdre, pin…) 25 % de chênes (dont la moitié de chêne vert) 12,5 % de résineux (pin)
    12,5 % d’essences diverses* 12,5 % d’essences diverses* 12,5 % d’essences diverses** dont chêne sessile
    12,5 % de fruitiers forestiers, érables (Champêtre…) 12,5 % de fruitiers forestiers, érables (à feuilles d’obier…) 12,5 % de fruitiers forestiers, érables (sycomore, plane …)
    25 % de noisetier commun 12,5 % de noisetier commun 25 % de noisetier commun
    Eventuellement des arbustes*** Eventuellement des arbustes*** Eventuellement des arbustes***

    * charme, tilleul, charme houblon, noisetier de Byzance, bouleau, hêtre
    ** chêne, charme, charme houblon, noisetier de Byzance, bouleau
    *** groseillers, cornouillier mâle, viornes, fusain, cerisier de sainte Lucie, aubépines, amélanchier, nerpruns…

  • Afin de faciliter la reprise, l’installation, le bon développement futur des plants, le développement du mycélium de la truffe et de simplifier les entretiens à venir, un travail du sol localisé (ou en plein), soigné, est indispensable sur 30 cm de profondeur. 

    Pour éviter le compactage du sol, et donc l’asphyxie du mycélium et des racines des plants, tous les travaux se font sur terrain nu, ressuyé, par temps sec et avec le matériel le plus léger possible.

    Les plants mycorhizés sont livrés en godets. Une fois le godet délicatement enlevé à l’aplomb du trou de plantation, installer le plant sans l’habiller afin de ne pas endommager de mycorhizes et en mettant le collet au niveau du sol. Tasser légèrement afin de préserver la micro et la macroporosité du sol, indispensables à l’installation du système racinaire. Veiller à légèrement recouvrir la motte avec la terre de la parcelle pour éviter un dessèchement par effet mèche.

    Attention au risque de déchaussement du plant lié au gel, rapporter de la terre fine au pied du plant et retasser légèrement avant débourrement si nécessaire.

    Il est indispensable de protéger les plants de la dent du gibier et des petits rongeurs.

    Certains planteurs « ensemencent » en mettant de la truffe dans le trou de plantation.

    Le paillage peut être un bon atout contre le manque d’eau et les fortes chaleurs. Il limite l’évaporation le jour et récupère l’humidité la nuit, conserve la fraicheur nocturne, baisse la température du sol, favorise l’activité biologique du sol et bloque le développement de la concurrence herbacée.
     

  • La plantation a lieu de préférence en automne et jusqu’en mars hors période de gel.

Les entretiens

  • Les plants sont plus chers que ceux utilisés pour une plantation forestière classique. Des soins particuliers pour la préparation du sol sont nécessaires, des tailles adaptées à chacun des deux objectifs de production, des entretiens du sol spécifiques, sans tassement, et même des arrosages pour la reprise des plants sont à prévoir.

    La coupe des branches (taille de formation voire élagage) restera prudente afin de ménager un ombrage nécessaire à la production truffière.

  • Une fois le peuplement installé et en pleine croissance, les techniques conseillées en sylvitrufficulture sont quasi identiques à une sylviculture d’arbre classique (désignation des arbres de place, dernières taille de formation, élagage des tiges les plus rémunératrices, éclaircies prudentes, récolte et renouvellement). Seuls quelques prudents travaux du sol et un contrôle vigilant de l’ombrage au sol sont à envisager en sus si l’on souhaite prolonger la vocation truffière.

    Toutes les interventions se font sur sol sec afin de ne pas endommager les arbres et le mycélium truffier.

Productions

Tout en sachant qu’elle peut varier, être très aléatoire car très dépendante du climat, la récolte des truffes sera de 2 à 10 kg / ha / an dans les premières décennies de la vie d’un peuplement puis de l’ordre de 150 g / ha / an ensuite. Elle est beaucoup plus rémunératrice que la récolte du bois. 
Les revenus liés à la vente de bois (3 à 6 m/ ha / an selon la fertilité de la station) arrivent lorsque les revenus liés aux truffes déclinent.

Autres bénéfices 

La sylvitrufficulture permet aussi de nombreuses aménités : stockage du carbone, paysage, biodiversité, miel, haie, agritourisme, loisirs…

Un peu de droit 

Dès la conception du projet, il convient d’être clair sur la finalité du peuplement et le rôle de la production truffière dans l’itinéraire technique :

  • posséder des parcelles boisées ou boiser des parcelles avec des plants mycorhizés, avec pour finalité de produire du bois tout en espérant un revenu complémentaire avec la truffe, reste l’activité du sylviculteur,
  • créer un verger truffier avec des arbres plantés uniquement dans le but de cultiver et produire de la truffe n’est pas une activité sylvicole. L’arbre n’est qu’un support. Il s’agit alors d’agriculture. 

Des exonérations et/ou réductions d’impôts existent dans les 2 cas de figure ci-dessus.

Le plus souvent, boiser une terre agricole, ou convertir en verger une parcelle forestière est soumis à réglementations voire, nécessite des autorisations.

L’article 547 du Code civil rappelle que les truffes appartiennent aux propriétaires des parcelles où elles poussent.

Les arrêtés préfectoraux réglementant le cavage et/ou la récolte de champignons, les chartes de cavages existant dans certains secteurs, les conventions, baux, contrats, liant le propriétaire au caveur sont à respecter. 

Conclusion

Encore peu connue et eu égard aux bénéfices qu’elle produit, la sylvitrufficulture mérite toute l’attention des sylviculteurs des plateaux calcaires.
Il faut cependant poursuive les travaux, des chercheurs aux forestiers en passant par les pépiniéristes, afin d’améliorer les connaissances et offrir plus de sécurité aux investisseurs.

 

Schéma sylvitrufficulture